Le dernier film du réalisateur coréen Bong Joon Ho n’est pas seulement un excellent divertissement, mêlant avec brio les codes de la satire politique et de la comédie d’aventure. À quelques pas de Pâques, il est aussi un beau prétexte pour réfléchir à ce que représente la résurrection dans nos vies.
Par Sébastien Gengembre, pasteur de l’Église protestante unie de France
Un homme, afin de fuir une situation économique désastreuse qui lui fait craindre pour sa vie, s’embarque à bord d’un vaisseau spatial à destination d’une lointaine planète. Pour cela, il consent à devenir un « Remplaçable » : il se tuera, littéralement, à la tâche et sera régulièrement ramené à la vie. Plus exactement, après chaque décès, une copie de son corps sera imprimée et sa mémoire transplantée dans cette nouvelle enveloppe.
Ceci n’est évidemment pas une histoire vraie, encore que cette fable puisse faire écho à bien des situations contemporaines, mais le point de départ d’un film de science-fiction sorti récemment au cinéma, Mickey 17. Du nom de son personnage principal (incarné par Robert Pattinson), et du nombre de ses incarnations successives.

Quel intérêt pour nous, me demanderez-vous, et quel rapport avec le temps de Pâques qui se fait proche ? C’est que cette fiction a le mérite de nous montrer ce que n’est pas la résurrection.
Car la résurrection dont il est question dans le Nouveau Testament n’est pas un simple retour à la vie, laquelle pourrait alors reprendre comme si de rien n’était. La résurrection, c’est bien plutôt la survenue d’une nouveauté inouïe, une singularité qui brise la continuité de nos existences, un changement qualitatif de celles-ci. C’est ainsi que Jésus ressuscité, dans les évangiles, ne sera pas immédiatement reconnu par Marie-Madeleine, qu’il pénétrera dans des pièces fermées à clé, mais aussi partagera un repas sur une plage avec des disciples, en toute simplicité – on ne le confondra donc pas avec un spectre évanescent.
Rien à voir avec l’enchaînement douloureux des existences de Mickey, sur qui l’on expérimente sans pitié, qui mène des missions à haut risque où il laisse sa peau… avant que tout cela recommence à nouveau. Aucune résurrection ne semble devoir interrompre ce cycle infernal, cette Passion destinée à ne pas connaître de fin.
Car paradoxalement, la perspective de revenir à la vie conduit à dévaluer l’existence de Mickey, à la considérer comme de peu d’importance, comme jetable, « remplaçable ». Le terme original anglais est expandable, que l’on pourrait traduire par sacrifiable. Si la technologie dont il est question est heureusement hors de notre portée et relève d’un fantasme de science-fiction, reconnaissons qu’il y a aujourd’hui déjà bien des corps qui sont regardés comme jetables, sacrifiables. Ceux, en particulier, des personnes les plus modestes, vouées à se vendre pour assurer leur survie, et qui seront bientôt remplacés par l’afflux de nouveaux arrivants tout aussi désespérés.
La vision de l’immortalité exposée dans Mickey 17 s’avère terrifiante, n’offrant aucune échappatoire. La résurrection, à la lumière de Pâques, c’est tout autre chose. Ce n’est pas, par exemple, la survie de l’âme après la mort physique, de sorte que cette vie-ci, peut-être décevante ou ennuyeuse, il n’y aurait qu’à la subir, la supporter tant bien que mal en attendant mieux dans un autre monde. Au contraire, cette vie, la vie de chacun et chacune, quelle que soit sa condition, est unique et précieuse, et demande à être défendue jusqu’au bout. Même celle de ce Mickey 17, quand bien même un Mickey 18, puis un Mickey 19 etc. pourraient prétendument venir le remplacer.
La résurrection, ce n’est pas une affaire de survie. Mais c’est l’entrée dans la vie, la vraie, dès maintenant. La vie en plénitude, heureuse et rayonnante, que Dieu a voulue pour chacun de ses enfants. Pour tous les paumés, les petits, les Mickey de la terre.





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